Méditation du Petit Journal de Sainte Faustine – 22 avril 2022

Voici ce qu’écrit soeur Faustine en mars 1936 à l’intention de son père spirituel :

« Le père Andrasz m’a dit qu’il serait bon qu’il y ait dans l’Eglise de Dieu un groupe d’âmes qui implore la miséricorde de Dieu, parce que nous avons tous vraiment besoin de sa miséricorde. A ces mots, une lumière étrange est entrée dans mon âme. Ah ! que le Seigneur est bon ! » (PJ 623)

Méditation :

L’appel de Jésus à fonder une nouvelle congrégation doit être compris à travers les épreuves que traverse soeur Faustine en 1936. Epreuves physiques de la maladie, mais surtout épreuve de la nuit spirituelle. Car il faut avoir fait l’expérience de la miséricorde pour pouvoir l’implorer pour le monde ( voir PJ 435 et suivants ). L’un ne va pas sans l’autre. Il y a bien sûr plusieurs degrés d’expérience de la miséricorde et Jésus nous accorde, si nous le lui demandons, de les vivre les uns après les autres. Il nous montre avant tout comment aller du pardon à la confiance ; il nous aide aussi à vivre différentes expériences où notre confiance en Dieu est mise à l’épreuve, où elle n’est plus un simple mot sans chair mais où nous sommes vraiment secoués dans notre vie. Jésus nous aide surtout à accepter de modeler notre vie sur la sienne, de la Crèche jusqu’à la Croix, pour que nous comprenions de l’intérieur tout ce qu’il nous appelle à faire connaître au monde : on ne peut proclamer la Crèche et la Croix sans avoir fait l’expérience de l’humilité et de la soumission à la volonté du Père. Accepter d’être un instrument de la Miséricorde, c’est avant tout accepter que les rayons de la miséricorde nous transpercent pour se répandre sur le monde ( voir PJ 441 ).

Les « groupes d’âmes » qui implorent la miséricorde du Seigneur ont été fondés rapidement après la mort de soeur Faustine, et les tout premiers dans les pires conditions qui soient : les premiers voeux de consécration ont été prononcés en pleine nuit, au coeur de la guerre, dans des ruines d’église, puis d’autres groupes sont nés pendant l’époque de l’occupation soviétique, puis pendant les années du communisme dans plusieurs pays d’Europe de l’Est. L’Eglise leur a aussi interdit pendant 20 ans de diffuser ce pour quoi ils existaient, et prêtres et religieuses ont été admonestés. Cependant les fidèles vénéraient de plus en plus le Tableau aux rayons de lumière et continuaient de déposer devant lui leurs intentions et de très nombreux ex-voto qui témoignaient que les âmes confiantes résistent à l’épreuve et aux vexations, par la grâce de Jésus Sauveur. Les fidèles prenaient ainsi publiquement et secrètement le relais des congrégations et des prêtres soumis à la nuit politique.

Implorer la miséricorde de Dieu, c’est la vivre dans la nuit, c’est la vivre en se laissant transpercer, en se soumettant à la volonté de Dieu sur nous. Tout peut nous paraître obscur lorsque nous vivons des épreuves, nous sommes perdus. Mais nous devons nous rappeler ceci : le Seigneur utilise les épreuves que nous vivons pour toucher d’autres âmes. Il attend que nous acceptions totalement sa volonté sur nous pour pouvoir se frayer un chemin dans d’autres que nous. Si nous essayons de nous remémorer nos débuts dans la dévotion de la miséricorde, nous nous apercevons que c’est ainsi qu’il nous a conquis, c’est dans l’épreuve et dans la nuit qu’il est arrivé à nous pour nous transpercer de ses rayons. Les portes du cénacle où se tenaient les disciples étaient verrouillées par la terreur de subir le même châtiment que Jésus, lorsque Jésus vint et il se tint au milieu : La paix soit avec vous. De même que j’ai été envoyé je vous envoie. A qui vous remettrez les péchés ils seront remis (  voir Jean 20, 19-23 ).

Jésus nous demande d’implorer, car la prière pour que descende la pitié et le pardon de Dieu sur notre temps et sur notre monde est une prière dans les larmes, une prière ardente où le don de soi fait tout, où nous prions parce que nous mourons à nous-mêmes, pour le salut du monde, à la manière dont Jésus nous l’a montré le premier. Aimons donc jusqu’au bout, dans la plus grande humilité, dans l’espérance de toucher le coeur du Père céleste au nom de la Passion de son Fils, en qui sommes devenus ses enfants bien-aimés.

 

fr. Pierre Sokol et Isabelle Kamaroudis
relecture par le Père Dominique Aubert